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CNAES: LA MONTAGNE A COUCHE D’UNE SOURIS

Posté par: Abdoulaye taye| Dimanche 14 avril, 2013 21:20  | Consulté 548 fois  |  0 Réactions  |   

La concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur (CNAES) qui devrait apporter des réponses appropriées à la crise universitaire n’a accouché que d’un nain. En effet, au lieu de nous faire progresser, les recommandations dans son pré-rapport nous ont fait reculer en aggravant la charge des ménages par une pression financière ( liée à la prise en charge des études supérieures des enfants) dont les effets vont tendre à priver la majorité des fils de paysans et d’ouvriers du droit d’accéder à l’enseignement supérieur par une sélection qui ne dit pas son nom. Toutefois, ces propositions existaient déjà, il fallait peut être les bénir par une onction de légitimité intellectuelle et consensuelle pour les faire adopter. Donc rien de nouveau fondamentalement dans le ciel de l’enseignement supérieur. Le président devrait leur donner des instructions fermes d’orienter leurs réflexions dans le sens des acquis et non dans le sens contraire. L’action gouvernementale doit être centrée sur la fondation et la refondation des fondamentaux institutionnels, sociaux et économiques de la société et de l’Etat dans une perspective de progrès. Il faut encadrer toute pensée et action par une vision portée par un concept qui en est sa substance et traduite dans la réalité par une stratégie qui s’appuie sur des principes de solidarité, de justice sociale et d’équité. La mise en œuvre de cette vision ne peut être limitée que par la disponibilité des moyens. Il ne faut pas avoir une vision réductionniste de l’enseignement supérieur qui le confine à des rôles ou des missions de pourvoyeur de travailleurs de la société et de l’Etat. La formule « adéquation formation-emploi » qui caractérise cette attitude et cet esprit est un piège qui a traversé les temps. La capacité productive de la société par homme et par heure ne cesse d’augmenter grâce au développement et à la diffusion des progrès scientifiques et technologiques. Donc l’emploi deviendra de plus en plus rare. Ne créons pas des illusions au sein de la jeunesse. Au-delà de l’employabilité, l’enseignement et l’éducation ont pour mission de relever le niveau de la qualité intellectuelle, morale, scientifique et technique de la société. Il existe des sociétés modernes où tout citoyen sait lire et écrire, des sociétés de bacheliers, de licenciés, pourquoi pas de docteurs qui existeront sûrement! C’est une tendance historique. Le Sénégal accuse un retard démocratique, social et économique, le degré de génie et de qualité de l’homme sénégalais est un défi qu’il faut relever. Un million de sénégalais disposant du quart du génie de Souleymane Bachir Diagne relèveraient le niveau de la qualité de la société sénégalaise plus que 50 génies appelés « Souleymane Bachir Diagne ». Nous ne sommes pas contre la qualité mais on ne doit pas toujours l’opposer à l’accès universel à l’enseignement. Le président Wade a consacre le droit à l’accès à l’éducation en supprimant de fait l’entrée en sixième et en augmentant considérablement le nombre de bacheliers, le président Macky a le devoir d’assurer le droit à la qualité de l’enseignement en construisant des écoles et des universités et en recrutant des enseignants. Il ne peut pas faire moins que Wade. Il a été constaté « que la grande majorité des étudiants ont des pères vivant en zones urbaine (59%) et ayant un niveau d’instruction supérieur ou secondaire (59,6%) et un statut socioprofessionnel de cadre (supérieur et moyen) ou d’employé (45,5%) ». Cette lourde tendance sera accentuée par la sélection financière qui sera introduite par les nouvelles recommandations de la CNAES. Les

fils des pauvres seront de plus en plus exclus de l’enseignement. Combien de génies ont été éliminés par un concours dès l’entrée en sixième mais que l’accès universel a donné la possibilité maintenant de se manifester. La qualité, c’est aussi cela. La démocratisation de l’enseignement répondait exactement à cette préoccupation de ne pas exclure des génies potentiels en réservant le droit à l’enseignement pour une élite. Les pauvres peuvent produire aussi des esprits brillants. Je ne vois pas l’intérêt de cette concertation si c’est d’adopter des solutions simplistes qui étaient déjà proposées. Nos attentes sont déçues. Les problèmes de l’enseignement supérieur peuvent se ramener à deux principaux : son financement et la surpopulation des bacheliers littéraires. Diminuer le nombre d’étudiants accédant á l’université(ou les réorienter dans le prive ?!) et augmenter la contribution des parents à 150.000 FCFA ou à 200.000 FCFA est une solution facile qui ne coute pas cher. Une solution qui a été toujours proposée mais que Wade n’a jamais voulu appliquer et qui au contraire à généraliser les bourses et les aides et supprimer de fait l’entrée en sixième. Il faut avoir du courage, de l’ambition et de la générosité doublée d’un esprit de grandeur. Wade a compris que nous sommes dans un pays pauvre et sous développe où l’emploi est rare. 90% des sénégalais sont pauvres. L’explosion des effectifs dans les classes de sixième l’attestent éloquemment. En outre, les étudiants sont mal nourris, mal logés (il faut aller les rendre visite dans les appartements où ils vivent à Dakar), dorment mal et ne se reposent pas à cause des tracasseries du transport. Les parents qui tirent le diable par la queue ne peuvent rien faire pour transformer leurs mauvaises conditions de vie. Il serait donc irrationnel de leur demander une contribution financière plus consistante. Transmettre un savoir à ces sujets dans ces conditions relève d’une gageure. Peu de sénégalais ont la possibilité de recourir au privé. Il faut des solutions innovantes. Ainsi, proposons nous une bourse universelle de 100.000 FCFA/mois et par étudiant associée à une agence de gestion, d’emplois et de recouvrement (AGER), une suppression des séries accompagnée d’une fréquence télé-enseignement alliée aux NTIC qui permet aux élèves et étudiants de renforcer leurs capacités d’apprentissage partout où ils se trouvent sur le territoire national et enfin un niveau obligatoire de troisième ou de terminale pour relever le niveau intellectuel de la société. Dans cette perspective, la contribution financière de l’Etat dans l’enseignement supérieur va décroitre progressivement pour disparaitre dans 10, 20 ou 30 ans car une contrepartie de 1% du revenu sera exigée de tous les bénéficiaires lorsqu’ils seront dans la vie active. L’enseignement par la télé, plus adapté au Sénégal que l’utilisation des NTIC, aura aussi pour mission de renforcer les capacités d’accueil de l’université en dispensant des cours et des TD à distance. Notre conviction est que l’enseignement supérieur en tant que projet de quête de savoir et de savoir-faire doit reposer sur une vision qui consiste á faire de chacun de nous un savant afin de relever le niveau de la qualité intellectuelle, morale, scientifique et technique de l’homme sénégalais pour le rendre performant dans un monde où le jeu des interactions se déroule dans un espace de plus en plus globalisé. Cette vision doit être portée par un concept qui favorise l’accès universel au savoir et la diffusion universelle du savoir et concrétisée par une stratégie fondée sur des principes de solidarité, d’équité et de justice sociale et mise en œuvre par des institutions

officielles et non officielles et des medias à portée la plus longue possible. C’est à ce prix que la qualité de l’enseignement supérieur s’améliore et que notre nation comblera son retard.

Dr Abdoulaye TAYE

Enseignant-Chercheur à l’Université Alioune Diop de Bambey

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abdoulaye taye
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