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FAUT-IL INTERDIRE LES COALITIONS POLITIQUES ?

Posté par: Abdoulaye taye| Jeudi 12 mai, 2016 23:05  | Consulté 3573 fois  |  0 Réactions  |   

La démocratie sénégalaise est marquée par la présence dans l’échiquier politique d’un nombre inconsidérément élevé de partis (environs 250). L’organisation des compétitions électorales souffre du poids de la participation d’un nombre toujours croissant de partis politiques. Cette excroissance débridée des formations politiques pose problème au bon fonctionnement du multipartisme au Sénégal. Certaines voix autorisées pensent qu’il faut limiter le nombre des partis politiques pour remédier à ce fléau. Cependant, l’esprit du multipartisme est de favoriser le pluralisme des idées. Ne pas autoriser ou reconnaitre la naissance ou l’existence d’un parti politique, c’est tuer une idée dans l’œuf. Dans un contexte normal, chaque parti politique devrait être une solution pour le Sénégal. Même si tel n’est pas le cas, cela n’autorise pas de renier l’esprit du multipartisme en rayant certains partis ou groupements politiques de la vie démocratique. Une idée dans son processus de développement peut être minoritaire voire marginale pour une période, mais s’imposer à une autre. Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue, disait Victor Hugo. Il faut donc donner à l’idée le temps de s’éclore pour être profitable à la nation.

Nous pouvons efficacement organiser l’espace politique du multipartisme sans sacrifier le pluralisme des idées. A ce propos, nous pensons que le mal est dans la graine des coalitions politiques. Depuis 2000 au moins aucun parti n’a participé individuellement aux élections. Tous les partis se sont présentés aux élections par la magie des coalitions mais aucun n’y est allé seul. Le remède est simple, il s’agit de ne pas reconnaitre légalement les coalitions avant les joutes électorales. Nous savons d’ores et déjà que cette idée ne sera pas partagée par l’écrasante majorité des politiciens. Elle ne va pas prospérer dans la classe politique car elle s’oppose visiblement aux intérêts de certains affairistes politiciens. Les coalitions polluent et gangrènent la vie démocratique. Il n’y a aucun moyen de vérifier la représentativité et la contribution d’un parti dans une coalition, même si des hypothèses et estimations peuvent être envisagées à juste raison. Les coalitions utiles à la démocratie sont les coalitions qui surviennent après les élections. Cela a pour avantage de connaitre le degré de représentativité de toutes les formations politiques qui concourent au suffrage des électeurs. La représentativité électorale peut être perçue comme une caution démocratique et une reconnaissance des électeurs. La coalition issue des élections doit être légalement reconnue et juridiquement normalisée. Les parties de cette coalition ont un mandat électoral qu’il faut respecter dans le partage du pouvoir. La majorité au pouvoir doit reposer désormais sur une majorité réelle désignée par les électeurs par leur vote, qui ne peut être modifiée ou changée que sur la base d’une autre majorité aussi réelle que représentative. Le chef de la majorité ne peut dissoudre cette majorité qu’en perdant lui-même la majorité. L’indépendance et la responsabilité de tous les membres de la coalition sont garanties et protégées par la loi. Cette coalition de partis individuellement mandatés par les électeurs répond mieux aux exigences de la démocratie plus que les coalitions fourre-tout d’avant élections.

Toutefois la reconnaissance légale des coalitions n’exclut pas l’existence de coalitions de fait basées sur le regroupement volontaire de formations politiques autour d’un grand parti. Cette coalition qui ne jouit d’aucune reconnaissance légale et juridique, ne portera pas le nom de coalition mais le nom du parti autour duquel gravitent tous les autres. A l’issue d’élections présidentielles, législatives ou municipales, la majorité présidentielle, les députés comme les maires appartiennent légalement au principal parti même si par accord figurent sur les listes des militants d’autres membres de la « coalition ».  Cette contrainte a pour effet de faire perdre aux partis « alliés » l’avantage lié à une participation aux élections (ni député, ni maire légalement parlant) tout en leur permettant de continuer d’exister sur la scène politique. Ceux des partis qui ne veulent pas subir ces préjudices doivent compétir individuellement au suffrage des électeurs pour bénéficier des droits liés à la représentativité électorale. Le financement des partis devient plus facile. Le droit au financement va être uniquement et exclusivement fondé sur la représentativité électorale. Ces mesures sagement pilotées devront aboutir à l’assainissement de la scène politique en  renforçant la qualité et la sincérité de l’expression démocratique.

Enfin, la société civile s’invite dans la compétition politique en revendiquant son droit de participer aux élections. La nouvelle révision constitutionnelle lui reconnait ce droit. Elle en ajoute à la confusion ci-dessus décriée. Toutefois, la non-participation de la société civile aux élections ne doit pas être perçue en termes d’exclusion mais en termes d’organisation de l’espace politique. L’espace politique au Sénégal est structuré en partis politiques, en syndicats, en associations, en société dite civile, etc. Des missions précises sont assignées à chaque espace. Il faut respecter les cloisons pour la clarté du jeu. Une société civile a une mission de contrôle, d’alerte et d’arbitre. Elle doit jouer ces rôles. Elle ne doit pas s’immiscer par intrusion dans l’espace de jeu dédié aux partis politiques. Si certains de ces membres ont envie de faire de la politique, ils ne peuvent le faire qu’au moyen de parti politique. Ils doivent intégrer les partis politiques pour participer au jeu réservé uniquement et exclusivement aux partis politiques. Il y va de la clarté du jeu politique. Il faut éviter les amalgames qui conduisent à des confusions des rôles et des missions dans notre processus de construction démocratique. La qualité, la sécurité et la sincérité démocratique y dépendent. Nous espérons que cette nouvelle loi ne soit pas mise à profit par les membres de la société civile. Qu’elle soit caduque dès sa naissance.

En conclusion, s’il ne s’agit pas d’interdire les coalitions politiques aux différentes élections, il ne faut reconnaitre cependant juridiquement et légalement que celles fondées sur la représentativité électorale pour un jeu démocratique clair et sain.

 

 

Dr Abdoulaye Taye

Enseignant à l’Université Alioune Diop de Bambey

Initiateur et promoteur du RBG-AMO

Tél : 77 413 14 49

 L'auteur  abdoulaye taye
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Mots Clés: Coalition, Senegal, Partie
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abdoulaye taye
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