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MACKY-WADE: RAISON DU COEUR OU RAISON POLITIQUE

Posté par: Abdoulaye taye| Mardi 06 mai, 2014 11:28  | Consulté 1984 fois  |  2 Réactions  |   

Les évènements liés à la venue hautement politique du président Wade constituent un baptême de feu pour Benno Bokk Yakaar mais aussi et surtout pour l’Apr. Ce retour, caractérisé par une démonstration de force, a été un essai grandeur nature pour tester l’intelligence politique et les capacités de réaction de la coalition au pouvoir. La manifestation d’un tel rapport de force résulte en une situation politique qui appelle plusieurs lectures de la part des conseillers politiques du président Macky. Le personnage Wade a dominé la vie politique du Sénégal pendant 40 ans. Il était le leader incontesté et incontestable de l’opposition de 1974 à 2000. Il avait le loisir d’aller vivre en France pendant un an, de laisser sa place de leader d’opposition vacante et de revenir la reprendre sans coup férir. Aucun des membres de l’opposition d’alors n’était capable d’occuper cette place. Il a fallu envoyer une délégation en France pour prier Wade de rentrer pour se présenter comme un candidat sérieux contre Abdou Diouf aux présidentielles de 2000. C’était un aveu d’impuissance de cette opposition usée, bavarde et déboussolée. Son retour triomphal en 1999 consacrait le prélude de la chute du pouvoir PS en 2000. Ce sont ces impuissants que Wade avait remorqués et les vaincus PS défaits par Wade en 2000 qui pèsent directement ou indirectement sur les décisions de Macky. En quoi, un retour politiquement triomphal d’un ancien chef d’état dans son pays natal peut-il être qualifié d’insurrection ? Cela a été une simple démonstration de force dont l’écho s’est largement répandu dans tout le pays ! Wade, dans son parcours politique, a eu plusieurs occasions d’embraser le pays, comme disent ses adversaires, mais il a constamment choisi la paix. L’insurrection voire les émeutes n’ont jamais été dans son schéma de conquête du pouvoir. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il va le faire. Il n’a aucune raison de choisir la violence. Il a toujours choisit la paix quel que soit les circonstances politiques et leurs contraintes.

La venue de Wade devrait être vue sous les trois angles suivants. La démonstration de force voire la mobilisation populaire du 23 avril 2014

* a soumis la coalition et l’Apr à un rapport de force aussi massif, aussi manifeste, aussi retentissant et aussi perceptible (par les populations) qu’ils n’ont jamais vécu au paravent. On a vu un PDS qui renait de ses cendres d’il y a deux ans et un orateur rompu à la communication haranguant des foules et s’adressant à des couches sociales minutieusement ciblées. Le PDS et Wade ont démontré qu’ils sont capables de mobiliser les populations pour les grands jours et d’imposer un rapport de force qui contraint à la négociation.

* a donné au président Macky l’opportunité de tester l’état d’esprit, la force de réaction, l’intelligence politique de ses troupes mais aussi l’homogénéité politique des leaders.

* a révélé une opinion (politique et civile) partagée entre violations des libertés démocratiques, émotions, manipulations, tentatives de déstabilisation, préoccupations de paix mais aussi morosité socioéconomique.

Les enseignements préliminaires, que le président Macky tirera de ces évènements et que les résultats des prochaines élections locales confirmeront ou infirmeront, inspireront sans aucun

doute les décisions, les stratégies et les corrections nécessaires à apporter pour favoriser l’adhésion des populations à sa politique de renouveau moral et éthique, de gouvernance sobre et vertueuse axée sur une vision de progrès social. Tout en saluant son silence comme réponse aux manifestations voire agissements du PDS, le président Macky doit tout faire pour désamorcer la bombe Wade. Le discours de Wade est clair et facilement décodable : « je suis venu faire de la politique, négocier avec moi sinon je me radicalise ». Le PDS ne dit pas le contraire « la coalition Benno Bokk Yakaar est contre nature, nous sommes les alliés naturels de Macky ». Le président Macky est dans une station qui lui confère tous les avantages dans le cadre de toute négociation ou concertation. C’est lui qui est le maitre du jeu. Il suffit qu’il le veuille pour réunir l’essentielle de la famille libérale sans qu’on traite les uns de transhumants et lui de récupérateur de transhumants. Il faut choisir la raison politique plutôt que la raison du cœur ! En 2007, lorsque la cote populaire de Idrissa Seck était au paroxysme, Wade s’est assis sur son orgueil et son amour propre, pour lui tendre la main et l’inviter á la table de négociation. Un coup politique qui a pour conséquence de désamorcer la bombe Idy qui était fatale à Wade en 2007 mais qui a aussi changé ou modifié totalement le destin présidentiel de Idy, du moins au niveau temporel, en permettant á Wade de rempiler. Wade avait pourtant mobilisé tous les moyens répressifs de l’Etat, la prison y comprise, mais la bombe Idy devenait toujours plus menaçante pour lui, il a fallu qu’il changea de fusil d’épaule : la négociation secrète se révéla comme le meilleur moyen politique pour renverser le rapport de force que la dissidence de idy lui imposait. Le président Macky a le choix d’user de son intelligence politique pour neutraliser les coups de boutoir d’un vieux briscard de la politique ou d’user de la raison du cœur en déclenchant des représailles et des contre-attaques qui, à un certain niveau, risquent de retourner l’opinion contre lui si elles ne sont pas bien maitrisées et bien circonscrites. Naturellement, Wade n’est pas Idy, mais ici c’est lui qui veut franchement la négociation. Il a proclamé très souvent que Macky est son dauphin. J’ai entendu de la bouche de Wade (décès de la mère de Macky je crois) dire que « c’est Dieu qui a mis Macky dans mon cœur ». Heureusement pour Macky que Dieu l’a sorti de son cœur en le propulsant à l’assemblée nationale où par la grâce d’un évènement anecdotique Dieu devait décider du destin présidentiel de Macky. Tout évènement doit être analyse à la fois sur le plan rationnel, culturel et mystique. Macky ne pourrait pas être président en 2012 si Wade l’avait proposé comme son dauphin aux sénégalais. Dieu seul a le secret du programme d’un destin individuel. Il doit donc remercier la grâce de Dieu.

Wade a rendu le libéralisme sénégalais séduisant et charmant. C’est ainsi que les sénégalais ont choisi la jeunesse et le libéralisme aussi bien en 2007 (Wade et Idy premiers) qu’en 2012 (Wade et Macky). En 2012 je n’ai voté ni contre le bilan de Wade, ni contre la prétendue dévolution monarchique orchestrée par une opposition en mal de marketing politique. J’ai voté contre la troisième candidature de Wade que j’ai jugée illégale malgré sa validation par le conseil constitutionnel. Wade, c’est l’homme de 1974 qui a osé défier le tout puissant Senghor par ruse et par audace, de 1978 qui nous a offert le spectacle délirant d’une comédie politique dont les résultats ont précipité le départ pacifique du président Senghor du pouvoir, de la sanglante année 1993 marquée par l’assassinat de Me Babacar Seye qui a secoué le landernau politique avec une victime qui refuse de mourir par de fréquentes apparitions dans l’espace politique, de 2000 qui a

déboulonné le baobab PS et qui, pour la première fois, inaugure le régime d’alternance au Sénégal. Il est aussi l’homme du NEPAD, un panafricain convaincu. Le président Wade a joué un grand rôle dans la construction de la démocratie et du développement au Sénégal. Il a jeté les fondamentaux de la démocratie en libéralisant la presse et en organisant et complétant le tissu institutionnel et juridique de l’Etat dans le sens de la bonne gouvernance et de la transparence. Il a jeté les fondamentaux de l’économie en bâtissant des infrastructures routières, en densifiant la carte universitaire, scolaire et sanitaire, en revalorisant le statut des enseignants et surtout ceux du supérieur, en favorisant l’accès universel à l’enseignement par la suppression de fait de l’entrée en sixième, en augmentant la masse salariale de 170 milliards en 1999 à environ 450 milliards en 2012 et en quintuplant le budget de 500 milliards en 1999 à plus de 2300 milliards en 2012. Citons la construction d’environ sept échangeurs modernes pour remédier aux contraintes de la mobilité à Dakar dont le coût est évalué à 100 milliards par la banque mondiale. Il a jeté les fondamentaux de la santé en mettant en place des éléments de la couverture maladie universelle tels que le plan cesame et la césarienne gratuite entre autres. Il a jeté les fondamentaux de l’indépendance et de la souveraineté nationale en refusant d’être le complice de la France qui fait et défait les régimes africains au profit de ses propres intérêts par l’entremise de ses bases éparpillées dans le continent en remettant en cause l’accord militaire qui légalisait la présence de la base militaire française sur notre sol et en élargissant notre champ de coopération par la diversification de nos partenaires économiques et financiers. Il nous faut respecter et réhabiliter cette icone politique nationale et africaine. Il a beaucoup de mérite !

Il est maladroit voire malsain de traiter de tous les noms d’oiseaux quelqu’un avec qui nous avons cheminé ensemble pendant huit ans sur douze. Demain, des adversaires qui disaient que « Macky c’est du Wade sans Wade » retourneraient à l’Apr les mêmes reproches qu’ils font aujourd’hui à Wade. Il faut penser à l’évolution future des évènements politiques ! Tous ceux que les turpitudes de Wade font brayer comme des zèbres n’ont jamais refuse ses services ni se sont jamais posé la question sur l’origine de l’argent qu’ils recevaient de lui. Loin de là, ils ont tous profite de ses largesses et de celles de son régime, du beurre de la CAP21 aux aides et interventions personnalisées. Au Sénégal, la malhonnêteté ne tue pas ! Si tous les bénéficiaires des largesses de Wade et de son régime se laissent identifier, nos yeux vont crever.

Le président Wade, comme tout président de la république, ne s’occupe pas de management opérationnel, il ne s’occupe que de management stratégique. La responsabilité des surfacturations des projets n’incombent qu’aux ministres et premiers ministres qu’il a nommés et à qui il a donné sa confiance. L’enrichissement illicite n’a pas commencé avec Wade. La loi sur l’enrichissement illicite date de 1981, elle est l’œuvre du Président Abdou Diouf. C’est l’aveu d’un chef d’Etat qui témoigne que l’enrichissement illicite existait bel et bien avant et après 1981. Poursuivre les uns et blanchir les autres, ne serait-il pas une injustice ? Si on pouvait accéder à ces dossiers on aurait des surprises étonnantes. Autant j’ai été contre la troisième candidature du président Wade en dépit de la caution légale du conseil constitutionnel, autant je suis contre la CREI malgré sa reconnaissance par la cour suprême. On peut dire, comme l’affirment certains, que Wade a gère les sénégalais par leurs défauts, soit, mais cela veut dire que les défauts étaient déjà là. Ce n’est pas lui qui les a imprégnés aux sénégalais. Tout le monde sait que le sénégalais

est étiqueté en Afrique d’une manière qui laisse à désirer, cela n’a pas commencé avec Wade. Par contre, Wade a modernise le Sénégal et le sénégalais. Il a amélioré sensiblement la liberté et la qualité entrepreneuriale du sénégalais mais aussi son esprit d’ouverture. Il n’est ni un fossoyeur de valeurs morales encore moins de valeurs démocratiques. Il a montré la vision et le chemin à ses successeurs en leur indiquant les orientations stratégiques majeures à suivre dans le domaine de l’éducation, de la santé, du social, des infrastructures et de la démocratie.

Aucun chef religieux aussi important qu’il soit, ne pourrait souffrir l’emprisonnement de son fils. Cependant, les khalifes sont dans leur rôle. Ils garantissent la cohésion et la paix sociale. C’est leur devoir d’appeler les acteurs politiques à faire la paix. Wade a toujours déclare « qu’il ne marchera pas sur des cadavres pour aller au palais ». C’est une formule connue de tous les sénégalais et qu’il a respectée pendant 40 ans. Wade n’a ni inspiré, ni initié et ni pratiqué le maquis de Kédougou. Il n’a pas manipule idéologiquement de jeunes esprits d’étudiants innocents pour les embrigader dans un engagement politique aveugle dont la fin tragique s’est solde par des pertes en carrières et en vies humaines, pour ne citer que le cas de l’étudiant Blondin Diop. Leurs manipulateurs sont devenus aujourd’hui des renégats (de leur doctrine marxiste) sans aucune forme de repentir et d’excuses. Il faut faire le bilan politique de cette époque empreinte de ces errements tragiques et cauchemardesques. Wade est et reste le président sénégalais le plus enracine dans sa culture et le plus ouvert au monde. Macky a intérêt a désamorcé cette crise liberalo-liberale dont l’issue pourrait déboucher sur des déballages incontrôlés qui ne profiteraient qu’aux adversaires de la famille libérale. On peut décider du début d’une guerre, mais pas de sa fin ! L’image positive de Wade est un capital pour le libéralisme sénégalais. Libéraux du Sénégal, unissez-vous ! Rendons à César ce qui appartient à César, rendons à Lat Dior ses honneurs !

Au nom de la responsabilité intellectuelle et politique !

Dr Abdoulaye TAYE

Enseignant-Chercheur à l’Université Alioune Diop de Bambey

Militant APR

Initiateur du RBG-AMO

Tél : 77 413 14 49

 L'auteur  abdoulaye taye
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Anonyme En Mai, 2014 (16:44 PM) 0 FansN°:1
Prof.J'ai étè emu par votre luciditè,et votre èlègance durant tout le texe on sent votre sens de rèsponsabilitè,votre honnetetè d'homme libre,d'abord,celle intelectuelle,je ne je suis,resterai un pro Wade,mais force est de recconnaitre qu'il y'a des intelectuels au sènègal.bien que beaucoup d'entre eux choisissent la facilitè,en orientant leur analyses vers l'ambiguitè.vous ètes courageux.rèestez ainsi.merci.
Anonyme En Mai, 2014 (08:17 AM) 0 FansN°:2
Prof.J'ai étè profondament emu par votre luciditè,et votre èlègance,durant tout le texe on sent votre sens de rèsponsabilitè,votre honnetetè d'homme libre,d'abord,celle intelectuelle ensuite,je suis,resterai un pro Wade,mais force est de recconnaitre qu'il y'a des intelectuels au sènègal.bien que,beaucoup d'entre eux choisissent la facilitè,en orientant leur analyses vers l'ambiguitè.vous ètes courageux.rèestez ainsi.merci.un Sènègalais de l'exterieure.

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abdoulaye taye
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